
| Sopa Images, 2023, Getty Images, https://www.capital.fr/economie-politique/jo-de-paris-2024-pourquoi-le-budget-derape-deja-1474775 |
Introduction
L’organisation des Jeux Olympiques en 2024 est un grand défi pour les villes organisatrices mais représente également une belle opportunité pour la capitale et les villes partenaires de faire rayonner la France à l’étranger et de dynamiser ainsi le tourisme sur le court et moyen terme.
Paris étant le principal lieu d’accueil des JO, sera confrontée à un défi majeur qui est l’afflux massif de touristes, puisque près de 15,3 millions de visiteurs venus de plus de 200 nations différentes sont attendus pour les Jeux Olympiques et Paralympiques, dont 11,3 millions pour les seuls JO, organisés du 26 juillet au 8 août. Ce chiffre est important, car il est au-dessus de la normale, même pour une ville aussi touristique que Paris.
Il est en forte progression par rapport aux années post-Covid (2020 et 2021) où le nombre de touristes étrangers à Paris avait fortement chuté, notamment ceux en provenance d’Asie et d’Amérique du Nord. Ce chiffre est supérieur au nombre de visiteurs habituels à Paris, c’est-à-dire hors JO et hors crise sanitaire, puisque pour 2023, ce nombre s’élevait à 9,9 millions de visiteurs (pour la période de juin à août).
Pour attirer les touristes supplémentaires, Paris et les villes participantes se sont lancées dans des campagnes de marketing territorial depuis quelques années. En effet, un méga-événement comme les JO peut, s’il est bien utilisé, transformer considérablement la réputation d’un territoire et ses performances d’attractivité (un exemple : la campagne de marketing territorial « IN Seine-Saint-Denis », lancée par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis depuis 2016).
Aussi, les Réseaux Sociaux ont joué un rôle important dans la médiatisation des Jeux Olympiques à Paris. Un dernier exemple en date est l’influenceur Ludovic Franceschet, un éboueur parisien, qui a fait de la propreté à Paris sa spécialité sur Instagram et sera l’un des relayeurs sur le parcours de la flamme olympique dans la capitale.
Sur les 15,1 millions de visiteurs prévus, seuls 3,3 millions auront un billet pour suivre les épreuves sportives, les autres n’en auront pas. Barrière de la langue, manque de repères et besoin d’accompagnement feront donc partie des obstacles à surmonter, mais un tel afflux de touristes va notamment poser des questions majeures en matière de logement, de transports publics et de sécurité.
La flambée des prix de logements
Avec l’arrivée de millions de touristes pendant la période des Jeux, la demande de logements temporaires va augmenter considérablement, entraînant une réelle hausse de prix. Même si la Mairie de Paris assure que les prix des hébergements parisiens seront surveillés pour éviter une flambée, les prix des chambres d’hôtel ont fortement grimpé.
D’après le média C News, Lycaon-Immo, plateforme spécialisée dans la modélisation de données immobilières, aurait fait une étude sur le prix moyen d’une location Airbnb dans la ville de Paris, ce prix est donc estimé à une moyenne 1 050 euros la nuit entre le 26 juillet et le 11 août 2024. En revanche, ce prix peut varier selon les arrondissements, comme par exemple le prix d’une nuit dans le 20e sera de 621 euros tandis que dans le 8e arrondissement le prix s’élève à 2 361 euros la nuit.
Mais le marché de la location sera élevé dans les communes proches de Paris. Frédéric Hocquard, adjoint à la mairie de Paris en charge du tourisme et de la vie nocturne a prédit une augmentation de « + 314 % pour le prix moyen d’une nuit d’hôtel à Paris entre juillet 2023 et juillet 2024 ! Une hausse très inquiétante ».
Le phénomène des locations temporaires du type Airbnb ou HomeAway illustre des tensions déjà préexistantes entre intérêts individuels (à savoir le droit de louer son logement pour se faire un complément de revenus) et intérêt général (c’est à dire la santé du secteur touristique au global et de l’hôtellerie en particulier). Dans le contexte des JO, cette tension semble s’accentuer, puisque selon un sondage Ifop, environ 20% des Franciliens, qui n’ont jamais loué leur appartement sur Airbnb, comptent le faire pendant les JO.
Pour tous ceux qui souhaitent louer leur bien pendant les JO, il y a néanmoins un certain nombre de règles à respecter : Les locataires doivent impérativement demander l’accord de leur propriétaire pour sous-louer l’appartement. Si cette autorisation (qui doit se faire par écrit) n’est pas obtenue dans les quinze jours, la sous-location sera interdite. Ceux qui souhaitent louer leur résidence principale doivent obtenir un numéro d’enregistrement à la suite d’une déclaration en ligne sur le site de la mairie de Paris. Sans ce numéro la location ne sera pas autorisée. Puis toute personne louant son bien doit aussi être couverte par une assurance de responsabilité civile et de protection des biens.
Et quelle est la situation pour les hôtels ? A quelques mois avant la cérémonie d’ouverture des JO, les hôtels de Paris ne semblent pas encore être saturés, au contraire. Cela a fait, par ailleurs, baisser les prix des nuits d’hôtel pendant les Jeux Olympiques pour arriver à environ 480 euros la nuit en moyenne, donc 4,4% de moins qu’en début d’année.
Vers une saturation des transports ?
Paris étant une ville densément peuplée avec un système de transports en commun souvent saturé aux heures de pointe, la marée des touristes va constituer un autre défi majeur pour la capitale, et notamment pour le fonctionnement des métros et des bus. Il faut s’attendre à une saturation du réseau, et c’est pour cela que le gouvernement a mis en place un site web sous le nom de «Anticiper les Jeux» avec une carte interactive qui sera accessible pendant les 29 jours de la double Olympiade et qui permettra d’identifier les lignes de métro et bus les plus fréquentées, à la fois à Paris, mais aussi dans les autres villes participantes.
Par ailleurs, pendant les JO le billet de transport passera de 2,10 euros à 4 euros l’unité, ce qui augmente considérablement le prix des déplacements dans la Capitale et scandalise un bon nombre de Franciliens.
Cette forte augmentation est une conséquence du surcoût de presque 200 millions d’euros que Île-de-France Mobilités a dû investir dans la mise en œuvre d’un plan de transport dédié aux JO, qui prévoyait, entre autres, une offre de transport supplémentaire avec une augmentation de 15% de mobilité.
En revanche, selon les autorités, cette hausse des prix n’est pas censée s’appliquer aux Franciliens s’ils suivent certaines directives. Il est notamment conseillé, afin d’échapper à « l’inflation olympique » des titres de transport de recharger son pass Navigo bien à l’avance et au plus tard avant le 20 juillet, date à laquelle les nouveaux tarifs entrent en vigueur.
Si les transports en commun ont vocation à transporter le plus grand nombre des visiteurs, les deux autres modes de transports, les taxi et VTC, vont également être à disposition des touristes. En termes d’effectifs, une grande partie des chauffeurs déposeront leurs vacances pour être présents pendant les Jeux et pourront ainsi emmener les touristes aux aéroports ou hôtels.
Même si les organisateurs pensaient pendant un certain temps pouvoir utiliser également la Seine pour se déplacer, ce qui aurait pu contribuer à réduire le nombre de voitures présents dans les rues de la Capitale, cette proposition ne va finalement pas voir le jour.
L’enjeu de la sécurité
Autre cheval de bataille pour les organisateurs des JO est la problématique de la sécurité qui ne doit pas être négligée, notamment pour des villes comme Paris ou Nice qui ont déjà été marquées par des attaques terroristes meurtrières dans le passé.
Les événements sportifs planétaires comme les JO sont souvent des cibles potentielles pour les menaces terroristes ou d’autres activités criminelles. Ainsi, pour assurer la sécurité des Jeux, le gouvernement mise sur la mobilisation de 45 000 gendarmes et policiers.
De plus, environ 25 000 agents de sécurité privé devront être recrutés afin de renforcer les équipes et de garantir la sûreté et la sécurité des participants et visiteurs. Ceci représente un vrai défi car le métier de la sécurité est un métier déjà sous forte tension, aussi on ne devient pas agent de sécurité du jour au lendemain. Au contraire, en général il faut suivre une formation de cinq semaines et on est soumis à une vérification des antécédents judiciaires, car il faut avoir un casier judiciaire vierge pour être éligible.
Les JO à Paris, mais pas que
Sur les 35 sites qui recevront les épreuves sportives, dix sont basés en régions, notamment à Bordeaux, Lyon, Nantes ou encore Marseille.
Dans la cité phocéenne, qui accueillera la flamme olympique le 8 mai, se dérouleront plusieurs épreuves entre le 28 juillet et le 9 août, notamment les épreuves de voile dans un stade nautique refait à neuf. Le chantier de la Marina a coûté 49 millions d’euros, soit plus du double de ce qui était prévu au démarrage.
La construction a nécessité plus de deux ans de travaux et comprend 7000 m² de bâtiments et 17 000m² d’extérieurs. Parmi les raisons de l’augmentation des coûts figurent surtout l’inflation, mais également le dragage du plan d’eau et le filtrage des eaux pluviales.
Malgré les dépenses, le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques estime que l’impact économique sera fort pour Marseille. 12 000 spectateurs par jour seront attendus lors des régates, et entre 300 000 et 400 000 spectateurs pour les dix matchs de football au Vélodrome. Pour certains habitants, un tel nombre de visiteurs va causer d’éventuelles problématiques en termes de circulation et de stationnement dans la ville. Et contrairement à Paris, les autorités de Marseille n’ont pas encore présenté leur plan de circulation et de stationnement pour la ville, ce qui inquiète certains.
Pour l’hôtellerie, qui semble enregistrer un fort engouement pour l’arrivée de la flamme, la tendance est pour l’instant moins bonne pour la période des Jeux. Ceci est dû aussi aux plateformes comme Airbnb, qui annonce que les réservations de logements durant la période des JO ont été multipliées par huit par rapport à 2023.
Reste à résoudre le problème de la controverse autour de la possible mention de « Paris 2024 » sur le fronton du Vélodrome, qui serait un vrai sacrilège pour tout supporter de l’Olympique Marseille.
Les Jeux, une affaire rentable ?
Dans une interview récente, la ministre des Jeux Olympiques, Amélie Oudéa-Castéra, a donné plus d’informations sur le coût des Jeux pour les finances publiques. Elle a cité en premier lieu les 2,5 milliards d’euros d’engagement pour l’Etat et les collectivités locales dans la Société de livraison des Jeux
Olympiques et dans le Comité d’organisation des Jeux. Se rajoutent à cette somme 200 millions d’euros pour assurer la sécurité et 11 millions d’euros pour l’achat de billets par l’Etat. Reste encore à évaluer le coût des primes des fonctionnaires qui devront travailler pendant les JO.
Néanmoins, la ministre est confiante que « les Jeux vont rapporter plus à la nation qu’ils ne lui coûteront ». Pour l’instant, les retombées économiques ont été chiffrées entre 5,3 et 11,4 milliards d’euros. Mais il y aura également des retombées sociales, notamment les nouveaux logements créés en Seine-Saint-Denis (village olympique) ou encore la progression de la pratique sportive en France.
Conclusion
L’organisation des Jeux Olympiques à Paris en 2024 et l’afflux attendu des touristes présentent des défis importants, notamment en matière de logement, de transports publics et de sécurité. Pour relever ces défis avec succès, les organisateurs travaillent depuis plus de 10 ans sur les infrastructures et les mesures de sécurité à mettre en place, et il leur reste encore quelques mois pour tout réaliser et mettre en œuvre. Paris peut transformer ces défis afin d’offrir une expérience mémorable aux touristes et ainsi tirer profit de ce grand événement sportif avec des retombées positives à moyen et long terme. Si les Jeux sont réussis, ils vont laisser des traces dans les années à venir.
Sources
- « Le touriste peut engendrer du rejet », Sud Ouest dimanche – Landes (consulté sur Europresse), Maryan Charruau, 20.08.2023
- « Le grand flou des retombées touristiques des Jeux de Paris », Les Echos no. 24135, p. 24 (consulté sur Europresse), 24.01.2024
- « Pourquoi les Jeux Olympiques de Paris 2024 vont doper le tourisme, y compris sur la Côte d’Azur », Nice-Matin (consulté sur Europresse), 26.01.2024
- « Les Jeux dopent les loyers des appartements parisiens », Sandra Mathorel, Investir-Le Journal des Finances (consulté sur Europresse), 03.02.2024
- « A Paris, le tourisme du monde d’avant Covid », Clément Guillou, Le Monde, p.ECO18 (consulté sur Europresse), 25.04.2022
- « JO 2024 : quelles implications économiques et boursières pour Paris ? », Thomas Jaquet, Economie Matin (consulté sur Europresse), 26.02.2024
- « Les JO 2024 ne vont pas doper le tourisme à Paris », Isaure Défossé, La Tribune no. 7650, p.42 (consulté sur Europresse), 26.06.2023
- « Les JO de Paris 2024 rallument déjà la mèche entre taxis et VTC », Denis Fainsilber, Les Echos (consulté sur Europresse), 31.01.2024
- « Métro et JO : les tickets actuels valables ? », Théo Leclerc, Ouest-France (consulté sur Europresse), 23.02.2024
- « JO 2024. Transports, attestations, tickets de métro… Cinq questions sur les déplacements à Paris », Théo Leclerc, Ouest-France (consulté sur Europresse), 22.02.2024



